‹ La Culture française en RussieChapitre 221 sur 518 · LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE

foudroient « Schiller et Lessing... monstres de la littérature qui défigurent le goût et le style1 ». A Moscou, Dmitrief proteste qu'il n'est pas besoin, pour émouvoir, d'évoquer « des scènes dégoûtantes de brigands, des apparitions de spectres et de démons, et d'avoir recours à toutes les absurdités d'une imagination déréglée2 ». Batiouchkof, de son côté, se demande pourquoi on traduit les Allemands : « Je commence à les mépriser; leur littérature n'est que grimaces et convulsions3 » ; après quoi, il n'est guère plus tendre pour les Anglais : « Chateaubriand m'a noirci l'imagination, l'an dernier, avec son Milton, son enfer, ses diables, et Dieu sait quoi! Il m'a gâté l'esprit et le style4 », Shakespeare aussi les gâterait, car il manque à son génie « d'avoir connu les beautés tendres et majestueuses de la Muse française.... » Et les plus anglophiles regrettent, comme Dachkof, « qu'avec tout leur talent, les Anglais ne soient pas nés, n'aient pas été formés au milieu des Français du xvne ou de la première moitié du xvine siècle5 ».

En définitive, il en est, en ce temps, de la Russie comme de Ja France; des influences s'y font sentir qui ne sont pas selon la tradition, mais qui n'en triomphent pas : toute tentative de changer les anciennes formes de la poésie est repoussée, et quant à ses sujets, ils sont toujours, ou presque toujours, ceux qu'ont adaptés les Français du siècle précédent, Marmontel, d'une part, Dorât et Parny, de l'autre, restent les modèles de presque tous les écrivains. Il n'est donc pas surprenant qu'après le triomphe du romantisme, une génération nouvelle les ait tr.aînés dans la boue. De 1830 à nos jours, il a été entendu, sans dis-

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