‹ La Culture française en RussieChapitre 222 sur 518 · Id.y à Gniéditch, août · texte numérisé non relu

Id.y à Gniéditch, août

5. Ancienne et nouvelle Russie, 1878, I, p. 76, lettre de Dachkof à Grammatine.

cussion, que les premières années du xixe siècle avaient été l'époque à la fois la plus française et la plus stérile de toute la littérature russe1.

En réalité, le tort de ce temps a été de se préoccuper de la forme plus que du fond. Mais il ne faut pas oublier que, jusqu'alors, la langue russe avait été encombrée d'archaïsmes, de tours lents et pénibles2. Karamzine et ses disciples ont fait la guerre aux uns et aux autres : ils ont remplacé les mots slavons, devenus inintelligibles, par des mots la plupart français et russifiés plus ou moins heureusement, mais susceptibles, en tout cas, d'exprimer clairement les idées nouvelles; aux tournures imitées tantôt de l'allemand, tantôt du latin, ils ont substitué la phrase courte, nette, logique, semblable, avec un peu plus de souplesse, à la phrase française, son modèle. « Cornment, demande-t-on à Karamzine, avez-vous acquis la perfection de la langue russe? — J'avais dans la tête quelques auteurs étrangers, répond-il; je les ai d'abord imités3.... » Son modèle, à lui, n'a peut-être été que Marmontel; mais d'autres choisiront mieux. « Il dit, rapporte de Pouchkine une de ses contemporaines, que c'est Voltaire, le terrible Voltaire, qui lui a appris à écrire4. » Et il en a été des vers comme de la prose. La peine que se donnaient les rimailleurs des bords de la Moskva pour attraper l'élégance de ceux des bords de la Seine n'est pas restée sans fruit. Avec eux, le vers russe n'a déjà plus les rugo* sites qui le déparaient, quelques années plus tôt, sous la plume même d'un Derjavine; il est clair, souple, pas toujours poétique, mais que viennent enfin de vrais poètes, et il le sera. Vassili Pouchkine et ses amis ont forgé l'instrument dont saura

1. Voir Pouchkine, La littérature d'autrefois (édit. Efremof, V, p. 34).

2. Tikhonravof, ouvr. cité, III, deuxième partie, p. 345. — Articles de Grot dans le Journal du ministère de VInstruction publique, 1869.

3. Soloviof, Karamzine, pp. 34 et suiv. — Nékrassof, dans le Journal du ministère de VInstruction publique, septembre 1888.

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