Mme Smirnova, Mémoires
se servir, pour des chefs-d'œuvre, l'enfant grandi sous leurs yeux, Alexandre Pouchkine.
Quant à la frivolité si souvent reprochée à la littérature de ce temps, elle a peut-être eu ses heureux effets. Tous les contemporains sont frappés de la multiplication, vers 1800, des lecteurs et surtout des lectrices. Or, ce progrès n'eût pas été possible sans une littérature attrayante, voire amusante. « Avant Karamzine, constate Biélinski, on ne lisait pas, car le peu qui existait était épouvantablement lourd1. » Est-on sûr d'ailleurs que cette littérature amusante ne soit pas instructive? C'est par la Pauvre Lise que beaucoup de nobles ont appris que même * une serve pouvait avoir une âme : le roman de Karamzine a eu la même signification que, plus tard, en Amérique, la Case de V oncle Tom*. Les contemporains remarquent, en effet, une tendance à moins de barbarie dans les mœurs : si l'on vend toujours des serfs, le seul fait que les journaux n'annoncent plus ces ventes, comme autrefois, révèle que certaines opinions changent peu à peu. Cette littérature futile et méprisable des gallomanes continue donc l'œuvre humanitaire du xvme siècle, en même temps qu'elle prépare l'efflorescence poétique du xix°*