Vassiltchikof, La famille des Bazoumovski, II, p
côté de l'Européen accompli, du « fin merle » — pour reprendre l'expression de Rostoptchine — qui l'introduit auprès des élèves, à qui en est la faute? à qui faudra-t-il s'en prendre si, au sortir de leur pension, garçons ou filles sont plus familiers avec le catholicisme, dont on ne leur a rien dit, mais qu'ils ont vu pratiquer par leurs maîtres, qu'avec l'orthodoxie, dans laquelle ils sont censés instruits?
Ce qui leur reste, en somme, de leur éducation, c'est une disposition vague à se tourner, en cas de crise morale, du côté de leurs souvenirs d'enfance. Or, ce temps de révolutions prédispose aux angoisses de la conscience, et justement, dans les salons où fréquentent les anciens élèves des Jésuites, de l'abbé Nicolle ou des institutrices françaises, il y a des gens singulièrement habiles à démêler les symptômes d'une crise, et passionnés pour la propagande catholique comme peuvent l'être des incrédules fraîchement convertis par des événements terribles. Voilà le chevalier d'Augard que sa nomination à un emploi de bibliothécaire a fixé à Pétersbourg, où les salons se le disputent pour son esprit, ses connaissances, ses manières de l'ancienne Cour : « il avait, en toute occasion, quelque chose d'agréable à dire, même à un enfant1. » Voici la princesse de Tarente qui joint à l'autorité d'un grand nom toutes les vertus qui commandent l'affection 2. Voici enfin le comte de Maistre qui s'impose, lui, par son esprit impérieux et lucide; qui d'ailleurs est devenu presque Russe, par son long séjour en Russie, le mariage de son frère avec une Russe, les services militaires de son fils. Comment douter qu'avec de tels guides, on atteindra, non seulement la foi meilleure, mais encore ce degré supérieur de culture intellectuelle et morale, dont le désir avait favorisé les premières conversions de Russes, et qu'on peut attendre bien plus sûrement de ces quasi-martyrs