OEuvres, I, préface, p. xxn
sœur lui donne un Évangile, qu'elle oublie longtemps dans un tiroir. Elle l'ouvre enfin, et ses yeux sont dessillés. Elle court à Rome se faire bénir par Pie VII, et revient en Russie pour convertir sa mère qui croyait toujours la religion bonne seulement pour le peuple 4.
La conversion de Mme Svetchine tient moins de l'illumination. Dès 1801, un an après son mariage, elle commence à faire des extraits, d'un côté, de tous les philosophes du xviue siècle, de l'autre, de Pascal, de Bossuet, deMassillon. Ses cahiers remplis, elle est catholique; mais elle attend, pour l'avouer publiquement, que 1815 lui ait ouvert la France 2. Alors elle s'installe à Paris et, selon l'expression de Rostoptchine qui lui en veut, comme à toutes les converties, « elle y joue les Sévigné, assise entre la sensibilité et l'esprit3 ».
Ces conversions ne se seraient pas produites sans des lectures pieuses, et ces lectures elles-mêmes n'auraient peut-être pas été faites sans des suggestions venues des émigrés français. Après 1815, en effet, quand ils sont partis, le mouvement se ralentit. Après l'expulsion des Jésuites, en 1821, il s'arrêtera, et le prince Viazemski pourra écrire que « cette goutte d'eau dans l'océan » ne méritait probablement pas « tous les flots d'encre qu'elle a fait verser *. » Il fallait pourtant la mentionner, ne fût-ce que pour remarquer l'esprit de propagande dont Joseph de Maistre a fait, non sans expérience personnelle, un des traits de notre race.
Cet esprit, nous le retrouvons dans des émigrés d'une autre classe, victimes, non de la Révolution, mais de la réaction, qui commencent à paraître en Russie sous Paul Ier. On nous parle
i. Archive russe, 1880, I, pp. 373-378.