Œuvres, I, préface
de Degour, qu'on dit ex-seçrétaire de Robespierre, de la Mercu-
rini qui aurait figuré sur les autels de la Raison *, et sans doute
Herzen n'a pas brodé beaucoup dans son histoire de Rallière,
Félève de Romrae, qui vient, après la mort de son maître,
demander un asile à Popo Stroganof. Dès qu'il entre à Péters-
bourg, l'Empereur, averti de son prénom — Thraséas — ordonne
de l'expédier en Sibérie; mais, sur une fière réponse de Thraséas
aux officiers de police, il le rappelle et le nomme professeur
dans un institut de jeunes filles. Plus tard, il passe dans des
familles où, jusqu'en 1830, il enseignera, avec un égal succès,
sa langue et l'évangile de Romme2.
A vrai dire, cette propagande se fait beaucoup moins par les
personnes — et pour cause — que par « ces livres pernicieux »
que Joseph de Maistre ne se lassait pas de dénoncer sans
succès. Domergue a-t-il bien vu, comme il l'assure, « des
esclaves lisant en cachette Voltaire et Rousseau qu'ils avaient
dérobés dans la bibliothèque de leurs maîtres 3 »? En tout cas,
les fils de ces maîtres les lisaient jusque dans les écoles de
l'Etat; encore en 1819, aux Cadets, le quaker Grellet de Mabil-
lier s'étonne du nombre des extraits de Voltaire, à tendance
irréligieuse, qu'on fait apprendre ou copier aux élèves \ La
seule différence avec le xviif siècle — et la Russie la doit pour
beaucoup aux émigrés — c'est que maintenant on lit aussi les
* anciens. « Nous les aimions passionnément, raconte ïakou-*
chkine; Plutarque, Tite-Live, Cicéron, Tacite, étaient nos livres
de chevet5. » D'autres futurs Décembristes, Rorissof etLounine,
y cherchent, comme lui, le tableau des vertus républicaines et
l'exemple des gestes libérateurs; après la sagesse de Solon, le
poignard de Brutus 6. Mais ces excursions dans Athènes et
1. Archive russe, 1877, pp. 1541-1553. Cf. Pingaud, Leduc de Richelieu en Russie, p. 251 ,