Antiquité russe, IX, pp
5. Mémoires de ïakouchkine, Antiquité russe, XI, pp. 177, 178.
6. Voir Archive russe, 1877, II, 51-57, et le Passé, 1906, mars.
Rome ramènent toujours à Paris ou à Genève. « Plusieurs jeunes têtes, écrit Masson, se nourrissent des exemples de l'antiquité et méditent en secret le sublime Jean- Jacques... Après s'être oubliées dans l'histoire des nations, elles reportent avec horreur leurs regards sur celle de Russie... \ »
Nikita Mouraviof en est un exemple curieux2. Fils d'un père libéral et d'une mère volontiers frondeuse, il est par surcroît l'élève d'un Français quelque peu jacobin, Magier, qui met de bonne heure nos philosophes entre ses mains. Il lit donc, d'abord le Compère Mathieu, qui le rend incrédule, puis la Nouvelle Hêloïse, qui enflamme son imagination. « Je les lus et relus ; ma passion pour N... s'en accrut, et aussi, je pense, mes dispositions à* la misanthropie. » Il tombe ensuite sur le Contrat social et se décide, sous son influence, à gagner une île peuplée de sauvages, avec quelques fidèles compagnons : « Je fonderais une république, et ils seraient mes ministres. » Trouvés sans peine parmi les jeunes camarades de Mouraviof, les futurs ministres se réunissent en séance secrète pour entendre lecture des lois rédigées par Nikita; ils les ratifient, se partagent les emplois et fixent, sans plus attendre, le costume que porteront les insulaires : pantalons bleus, veste, poignard à la ceinture ; sur la poitrine, deux tiges de cuivre égales et parallèles, en signe d'égalité. Provisoirement, et faute d'argent pour acheter des insignes, ils se contentent de gestes de reconnaissance probablement empruntés à quelque rituel maçonnique.
Ce mélange du Contrat social et de Robinson Crusoé fut oublié en 1812. Mouraviof s'engagea et, de campagne en campagne, alla jusqu'à Paris où il fit des connaissances qui réveillèrent ses rêves de jeunesse3. D'ailleurs, autant la chute de Napoléon était funeste au mouvement catholique, — l'antechrist tombé, on