Mémoires, p
des oukazes à peu près platoniques. La raison qui, jadis, avait 4 retenu Catherine II, existe encore, en effet, aussi forte après l'assassinat de Paul Ier qu'après celui de Pierre III. Il faut ménager la noblesse, et d'autant plus que la guerre contre Napoléon est imminente1.
On s'en tient donc à la prudence de Catherine II; comme elle, on se borne à emprunter à l'Europe des améliorations de la machine administrative — on crée, par exemple, des ministères sur le modèle français ; et comme elle, on s'en remet, pour tout le reste, « au temps et au progrès des lumières ». On le favorise d'ailleurs, ce progrès; de même qu'elle a voulu créer « une nouvelle race d'hommes », on s'efforce maintenant, selon l'expression de Dumont, « de déterrer des gens, d'en fabriquer », et Pypine remarque justement que « depuis Pierre le Grand, on ne s'est jamais autant occupé de créer des écoles 2 ».
Mais sur quel modèle les créer? Stroganof tient pour le français; il entrevoit, au-dessus d'enseignements primaire et secondaire rigoureusement hiérarchisés, des écoles analogues aux Ecoles centrales ou spéciales de la Convention. « Cette méthode a été suivie en France, et l'ordre systématique dans lequel c'est ordonné est admirable et mérite d'être suivi partout. Il est honteux, quand on a sous les yeux d'aussi beaux modèles, de ne pas profiter de l'expérience d'autrui3. » Alexandre objecte que les circonstances sont autres ; que, pour accommoder la Russie à cette rigueur du système français, il faudrait y détruire des instructions éprouvées. Pourquoi pas? répond Stroganof : « puisqu'un esprit de système a produit de si bons effets là-bas, on peut conclure que ce serait la même chose en Russie ». Finalement, on se perd dans les détails. Comment traduire du français « Ministère de l'Instruction publique»? Com-
1. Le Grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch, Le Comte Paul Stroganof, II, annexe X, passim.