D.-V. Davydof, dans Cent littérateurs russes, p
En fait, ce qui animait l'état-major russe, c'était l'esprit de 1792 ; les élèves de nos émigrés auraient peut-être pardonné leur victoire à des Français d'une autre époque, mais non pas aux sans-culottes de la veille. Se réconcilier avec eux, et au lendemain d'une défaite, c'était s'encanailler, se dégrader aux yeux de l'univers entier et surtout à ceux des dames de Pétersbourg.
On sait l'accueil qu'elles firent à nos ambassadeurs, à Savary, puis à.Caulaincourt. A part l'Empereur et son frère Constantin, tout le monde les évite. Au Palais, l'Impératrice mère ne leur pardonne pas l'annexion du berceau de son enfance, Montbéliard; en ville, les ministres remerciés, les Kotchoubey, les Stroganof, etc., se refont une popularité, dans les salons, par de mauvais procédés qu'ils comptent bien que l'Empereur n'osera pas punir. Et, en effet, toute la noblesse est derrière eux, par bon ton, par rancune des dommages que lui cause la rupture avec l'Angleterre, par haine du nouveau favori, du fils de pope Spéranski ; par peur enfin de Napoléon. Le voilà sur la frontière, en train d'armer les Polonais ; il la passera quelque jour, et qui sait si les serfs ne l'attendent pas pour se soulever? Toute ou presque toute la caste dirigeante partage maintenant les terreurs de Simon Vorontzof2; reste à savoir si elles réagiront sur ses habitudes.
« Toute nation qui vit énamourée d'une autre, vient d'écrire l'Espagnol Capmany, est déjà à moitié vaincue3. » Beaucoup de Russes pensent de même ; ils citent le mot attribué à Portalis que la fortune du français a fait la grandeur de la France4, dénoncent dans nos outchitels les éclaireurs de la Grande Armée»