‹ La Culture française en RussieChapitre 240 sur 518 · Tikhonravof, ouvr. cité · texte numérisé non relu

Tikhonravof, ouvr. cité

Français ne vend-il pas bien sa pommade ou son tabac, vite il se fait outchitel; une Française ne place-t-elle , pas ses chapeaux, vite elle est gouvernantka1. » Ce précepteur et cette gouvernante sont parfois des fripons, souvent des ignorants; les Russes les engagent tout de même. « Ne paraîtrait-il pas étrange, en tout autre pays, que le cuisinier Klimka, le palefrenier Abrachka, le laquais Vovil, la blanchisseuse Louchka et la fille Grouchka devinssent instituteurs et institutrices, et enseignassent la vertu? Voilà cependant ce qui se fait chez nous depuis trente ans2. » Mettons les choses au mieux; supposons un précepteur lettré; quels services rendra-t-il? Mouraviof Apostol nous le montre installé, avec le bambin dont il a pris charge pour 2000 roubles par an, dans le coin le plus reculé de la maison, loin des parents dont le voisinage serait gênant3. Là, il ne parle que le français à son élève, lui fait retrancher le russe même de ses prières, et répéter plusieurs heures par jour : « Mon dindon ! mon dindon ! » Il est en effet difficile aux Russes d'acquérir nos nasales. Puis, quand le dindon est conquis et le russe oublié, on passe à la littérature, c'est-à-dire, tout d'abord, à La Fontaine, ensuite au théâtre classique, et le jour arrive enfin où l'on peut montrer le jeune prodige. On l'amène au salon; il se campe au milieu du cercle de famille, fronce les sourcils, écarquille les yeux, avance un pied, tend la main, soupire et commence :

A peine nous sortions des portes de Trézène...

Quand il a fini, ce sont des applaudissements, des exclamations : « C'est admirable, il n'a pas le moindre accent étranger! » Et l'enfant retient qu'étranger veut dire russe. Il ne lui faut plus que les leçons du maître d'armes, puis celles du maître de

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