Archive russe, 1876, III, p
chemin. Les plus acharnés des gallophobes en sont euxmêmes la preuve. Mouraviof-Apostol est nourri de notre littérature et ne parle guère que notre langue ; il fait élever ses fils à Paris, et c'est comme cela qu'il peut se passer à'outchitels K Le « vieux Russe » que Rostoptchine se donne l'air d'être, est en réalité, selon l'expression de d'Allonville, « un Européen que personne ne connaît2 »; il pense en français, et c'est à grandpeine, dit-on, qu'il met ses pamphlets en russe; il se fait diriger par l'abbé Nicolle dans l'éducation de ses enfants; il laisse l'abbé Surugues convertir sa femme au catholicisme, et sur ses vieux jours, il mariera une de ses filles à un Français pour qu'elle présente à nos enfants, dans le Général Dourakine, le Russe gallomane. Chichkof enfin, Chichkof lui-même, engage des outchitels pour ses neveux; avec ses femmes, la première Allemande, la seconde Polonaise, il ne s'est jamais expliqué que par gestes ou en français3.
Que conclure, sinon qu'avec toutes ses intentions patriotiques, la gallophobie de ce temps n'est qu'une manie sans portée? « Il y a quelque chose de puérilement stupide, écrit miss Wilmot, à déclamer contre les Français, quand les Russes ne peuvent pas dîner s'ils n'ont un cuisinier français; quand ils ne peuvent élever leurs enfants sans le concours d'aventuriers qu'ils font venir de Paris sous le nom de précepteurs et de gouvernantes; en un mot, quand toute idée de modes, de luxe et d'élégance est empruntée à la France. Quelle folie fieffée4! »