CHAPITRE XXI
L'état des esprits au début de la guerre. Les gallophobes officiels : Rostoptchine et
l'incendie de Moscou.
La retraite des Français; les massacres. Le commencement de la pitié. Les
paysans, les soldats, les officiers; les nobles, leurs femmes. Le revirement
des esprits : « nos amis les ennemis ». L'accueil des châteaux. Les fêtes, l'écot des prisonniers : leurs sentiments quand
ils sont libérés.
Au début de la crise que les gallophobes attendaient et qu'ils avaient contribué à rendre inévitable, l'opinion que Napoléon serait vainqueur paraît avoir été la plus répandue parmi les mondains *. De ceux qui vivaient à Paris, quelques-uns jugèrent décent de rentrer en Russie, en laissant toutefois, pour plus de sûreté, leurs diamants chez la reine Hortense2; d'autres, comme le comte Golovkine, attendirent la fin de la bagarre dans une de nos villes d'eaux3. Il ne semble pas qu'à Pétersbourg le patriotisme ait été plus ardent : « Durant le premier effroi, raconte l'émigré d'Allonville, les Français y furent l'objet d'un véritable culte * ». Sans contredire le fait, les Russes le présentent autrement que d'Allon ville. « Il y avait, dit Khomiakof, non seulement à Pétersbourg et à Moscou, mais même dans les provinces les plus éloi- *
1. Malgré le témoignage contraire de Domergue, La Russie..., I, p. 17*