Id., du comte d'Allonville, V
gnées, des hommes et des femmes fanatiques de Napoléon et dignes de figurer parmi les grognards de la vieille garde1 ». Pouchkine est sans doute plus près de la vérité quand il met en cause, moins ce « fanatisme » de quelques-uns, que la légèreté de presque tous. « Tout le monde parlait de la guerre prochaine, et, autant qu'il m'en souvient, peu sérieusement.... L'amour de Ja patrie semblait du pédantisme. Les gens d'esprit exaltaient Napoléon et plaisantaient sur nos défaites.... Les jeunes gens prédisaient à la Russie son entrée dans la Confédération du Rhin2. »
On conçoit donc que le gouvernement ait cherché à « remonter » l'esprit public. D'abord, Chichkof fut chargé de rédiger les proclamations dans lesquelles Alexandre Ier rappelait la Russie à ellemême. Des journaux furent fondés pour refaire de Napoléon, comme avant Tilsitt, Buonaparte, Tamerlan, Attila, ou même pis. « Tu es sur ton trône, s'écrie l'un d'eux, comme Satan dans l'enfer, ceint de la mort, de la dévastation et des flammes ! 3 » Les pamphlets de Rostoptchine et de Glinka furent répandus à profusion dans les villes, tandis que d'innombrables caricatures apprenaient au peuple des campagnes que Napoléon et ses maréchaux se nourrissaient de chair humaine, de chair de moujik*.
A mesure que les Français avançaient en Russie, ces excitations produisirent leur effet. La société commença à rougir de sa gallomanie; Mlle Georges eut beau jouer Xénie, dans la traduction française de Dmitri Donskoï, et flétrir, sous le nom du Tatar Mamaï, tous les ennemis de la sainte Russie 5, ses auditeurs n'en furent pas moins qualifiés de traîtres à la patrie. Dans les salons,