‹ La Culture française en RussieChapitre 247 sur 518 · Roslavlef. Voir Antiquité russe, XLIV, p · texte numérisé non relu

Roslavlef. Voir Antiquité russe, XLIV, p

3. Le Fils de la Patrie. Voir Piatkovski, Histoire du développement littéraire,.,, II, 164.

4. Archive russe, 1881, I, p. 257, Mémoires de M. V. Tolstoï.

5. Souvenirs de Karatyghine, Antiquité russe, XIX, 598, 599; de Varvara Bakounina, ibid., XLVII, p. 410; de Sverbéief, I, p. 271.

les ennemis du « Pont des Maréchaux » — c'est-à-dire des boutiques et des modes françaises — prirent le dessus : il fut de bon goût de priser du tabac russe, et non plus du tabac « à la violette » ; de commander au cuisinier français du chtchi, la soupe nationale aux choux aigris; de faire servir du kvas sur des tables plus accoutumées au Champagne; de parler russe, du moins dans la rue, où les sons d'une langue étrangère faisaient retourner des figures menaçantes. Des dames enfin annoncèrent leur intention de se faire habiller, non plus à Paris, mais à Londres, et le bruit courut même à Pétersbourg, qu'en province quelques vaillantes étaient déjà revenues au kakochnik et au sarafane, au diadème et à la robe à longs plis droits des paysannes de Grande-Russie.

Etait-ce çtssez pour rassurer le gouvernement? Rostoptchine, devenu général-gouverneur de Moscou, jugea que des mesures officielles s'imposaient. Il proscrivit donc les enseignes française du Pont des Maréchaux, dès que la Grande Armée eut passé le Niémen ; quand elle fut à Smolensk, il s'en prit aux cuisiniers, parfumeurs, acteurs, libraires, précepteurs, etc., qui pullulaient à Moscou ; beaucoup d'entre eux furent arrêtés et déportés dans la Russie de l'Est, au milieu de souffrances que nous a contées le comédien Armand Domergue 2. Mais Napoléon avance toujours; les gallomanesde la société moscovite ne vontils pas le fêter? Il faut, à tout prix, « l'empêcher de se former des relations, de communiquer de Moscou avec l'intérieur de l'Empire, et de mettre en usage l'influence que les Français ont acquise par leur littérature, leur mode, leur cuisine, leur langue » . Rostoptchine travaille donc à faire disparaître, à son tour, la partie cultivée de la population, et il y réussit « au delà de toute espérance.... Quand les Français apparurent, au milieu des gens

1. Boslavlef, passim. — Pypine, Le mouvement social sous Alexandre ier, etc.

2. Souvenirs de Domergue, de Rostoptchine, de Nicolas Tourguénief, de Rounitch, etc.

qu'ils trouvèrent, leur séduction fut sans effet, comme envers des sourds et des muets1. »

Dernier péril, non le moins grave : dans cette Moscou presque déserte, Napoléon sera tenté de se retourner, à défaut de Russes civilisés, vers les autres, vers les serfs, et de lancer le décret qui brisera leurs chaînes2. Mais cela aussi est prévu. L'idée fixe de Rostoptchine et des émigrés de tout pays qui l'entourent, c'est de tourner la guerre de Russie en une . seconde guerre d'Espagne; l'exemple de Saragosse hante tous les esprits. « Pour que la Russie ne succombe pas dans cette guerre, écrit le Suédois Armfeld, il faut la rendre nationale 3. » Or, le sûr moyen d'y arriver, c'est de transformer Napoléon, malgré lui, en destructeur de Moscou; quelle proclamation, quel pamphlet pourrait, aussi bien que les flammes du Kreml, soulever contre « le moderne Tamerlan », et les masses brutes, et les gallomanes invétérés, et les sages qui, la veille encore, comme l'historien Karamzine, souhaitaient la paix, fût-ce au prix de la Lithuanie et des provinces jadis polonaises4?

En effet, dès que le sinistre nouvelle court la Russie, ce n'est qu'un cri de fureur. « Les barbares ! les Vandales ! s'exclame Batiouchkof, notre défenseur d'autrefois... Comment ces monstres osaient-ils parler de liberté, de philosophie, d'humanité?... Olénine avait raison quand il me disait que leurs livres sont dignes du bûcher — comme leurs têtes, ajouterai-je, de la guillotine 8! » La colère grandit encore quand, après la retraite des Français, on peut contempler « les amas de cendres, les amas de pierres, les monceaux de corps, » qui furent Moscou 6. Revenus de Nijni-Novgorod, les gallomanes moscovites ne retrouvent

i. À. de Ségur, Vie du comte Rostoptchine, p. 187. — Antiquité russe, 1901, mars, p. 606, Mémoires de Rouniich.

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