‹ La Culture française en RussieChapitre 249 sur 518 · Ghichkof, cité par Piatkovski, II, p · texte numérisé non relu

Ghichkof, cité par Piatkovski, II, p

3. Archive russe, 1876, III, p. 433. Lettre à Glinka, de mai 1813.

marche sur Paris pour venger Moscou, faire des Français, selon le vœu du gallophobe Mouraviof, « un peuple de Tziganes1 », et, sans doute, anéantir leur civilisation là-bas, comme il semble qu'elle le soit ici.

Après les sentiments des lettrés, ceux de la masse. Persuadés maintenant que Napoléon est, non l'archange libérateur dont quelques-uns avaient rêvé, mais seulement l'antechrist, les moujiks, pendant les premières semaines de la retraite, tuent tout homme que la faim et le froid font tomber entre leurs mains : ils assomment ou noient, selon l'occasion, et quelquefois torturent avant de tuer, le tout avec une insensibilité parfaite2. Le prisonnier Laflize, en 1813, voit devant un cabaret, dans un village, des crânes que des enfants font rouler dans la boue; le cabaretier lui explique, en souriant, qu'une nuit de l'hiver passé, deux soldats étrangers ont frappé à la porte : on est sorti, on les a tués, les loups les ont mangés et les crânes sont restés là3.

Les soldats qui n'appartiennent pas à l'armée régulière, partisans, miliciens, Cosaques, se comportent à l'égard de l'ennemi exactement comme les paysans. Ils tuent tout, quelquefois avec des raffinements qui rendent célèbre ce Figner, dont les Russes ne parleront, par la suite, qu'en insistant sur son origine allemande*. Puis, quand des ordres sévères ont mis fin au massacre, beaucoup de ces irréguliers deviennent les conducteurs des convois de prisonniers qu'on dirige vers l'intérieur de la Russie, et alors ils les laissent mourir de faim, non pas précisément par cruauté, mais surtout afin de s'approprier les petites sommes que le gouvernement alloue pour la nourriture de ces prisonniers ; peut-être n'agiraient-ils pas autrement s'ils conduisaient

1. Batiouchkof, lettre à Gniéditch, octobre 1812. Pypine, art. cité. — Du même, à Yiazemski, dans Y Archive russe, 1866, II, pp. 222-243.

Page 1