‹ La Culture française en RussieChapitre 250 sur 518 · Antiquité russe, LV, p. 335, souvenirs de Davydof · texte numérisé non relu

Antiquité russe, LV, p. 335, souvenirs de Davydof

des compatriotes *. Les affamés se plaignent, on leur répond par des coups ou des moqueries. « Que voulez-vous! dit en ricanant à des officiers affamés un grand chef rencontré par hasard; c'est un malheur auquel des civilisés doivent s'attendre quand ils viennent faire la guerre à des barbares comme nous 2. » Le résultat, c'est que, d'après des évaluations russes, « sur 1 50 000 prisonniers, à peine 30000 ont revu leurs foyers8 ».

Il semble qu'il faille en conclure, comme l'officier Montalant- Bougleux, que « la maxime res sacra miser n'a jamais été traduite en moscovite4 ». Pourtant, juste au même moment, et à propos des mêmes misérables, le prince Viazemski rappelait la vieille expression russe « léjachtchôva ne biiout — on ne frappe plus un homme à terre5 ». Les premiers jours passés, on s'en est souvenu partout, même parmi les paysans. Dans des souvenirs recueillis par M. Alfred Rambaud, nous voyons les serfs des Novossiltsof s'armer contre des rôdeurs signalés aux alentours; quand ils apparaissent, ces rôdeurs, hâves, déguenillés, désarmés, ayant tout juste la force d'articuler le seul mot russe qu'ils connaissent — « khliéba, du pain ! » — les paysans posent leurs fourches et vont chercher le pain demandé6. Dans un autre village, on n'a pas obéi tout de suite à l'oukaze qui, croit-on dans les campagnes, ordonne de tuer les prisonniers; on a gardé dans une grange ceux qu'on a faits, et voilà qu'au bout de quelques jours, les paysans, déjà familiers avec eux, n'ont plus de cœur à la besogne; ils sont heureux d'entendre dire qu'un nouvel oukaze a révoquée le premier7. D'une façon générale, mais surtout pour les villages un peu éloignés du théâtre des hostilités, les Mémoires français, intarissables sur la cruauté

1. Souvenirs de Wedeî, d'Everts, de Roy, de Laflize, etc., passim.

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