‹ La Culture française en RussieChapitre 25 sur 518 · Haven, Voyage en Russie · texte numérisé non relu

Haven, Voyage en Russie

celles que Matviéief lui avait, décrites ; mais la conversation s'y réduit, du moins de la part des dames, à des niek-sse, da-sse1: les danses y &ont mornes, sauf quand le maître, pour prêcher d'exemple, y improvise — au dire de l'Allemand Bergholtz, — « d'étranges Kaprioly » ; il arrive alors que, pour finir la fête,, la collation tourne en orgie où il n'y plus de français que les vins. Pierre, en effet, les apprécie non moins que Matviéief et Kourakine; qu'arrive un vaisseau de Bayonne chargé de vins et d'eau-de-vie, il sera le premier à y monter2.

On s'applique, d'ailleurs, à rendre l'imitation moins grossière. En dépit de la liberté d'allures que Pierre veut garder à ses assemblées,, on fait venir de Paris, pour se guider dans les occasions solennelles, des exemplaires du Cérémonial de la Cour 3. D'autre part, les mascarades et les orgies n'empêchent pas de goûter le divertissement le plus cher aux Français,* la comédie. Le Tsar s'était contenté, jusqu'à son voyage à Paris, de iarces allemandes; plus tard, il s'en dit dégoûté, les trouve interminables,, demande des comédies en trois actes; au plus, ni trop gaies, ni trop sérieuses, et, comme échantillon du genre qu'il aime, indique Georges Dandin. Nous savons, d'autre part, que, soit devant lui, soit devant sa sœur, Nathalie Àlexéievna, on a joué le Médecin malgré lui, Don Juan, Amphitryon, les Fourberies^ de Scapin*.

Ces représentations étaient en russe; pour les comprendre en français, il n'y aurait guère eu que la Tsarevna Nathalie y le chancelier Ostermann 8, six ou huit courtisans, et quelques dames que nous voyons réquisitionner, toujours les mêmes, ai' arrivée de toute ambassade étrangère 6. Mais on ne se résigne pas à l'inconvénient de connaître encore si peu « la langue de l'Europe » ;

1. « Non, Msieu! Oui, Msieu! » Zabiéline, Essais,.., II, p. 365.

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