Antiquité russe, 1879, XXV, p
dès ce temps, précepteurs et cuisiniers français apparaissent de compagnie dans les maisons aristocratiques. Dans la famille impériale, le petit Pierre Aléxéievitch est mis de bonne heure au français, et aussi les petites princesses Anne et Elisabeth qui, des mains de Mme Lannoy, passent à celles du Sr Rambourg, ex-maître « de danse et de maintien, de politesse allemande et de compliments en français », chez le pasteur Gluck, à Moscou1. C'est Elisabeth, dit-on, qui fait le plus honneur à ses leçons, car elle est stimulée par l'espoir d'épouser un Bourbon, et peutêtre le roi lui-même2*
Il va de soi que notre culture intellectuelle est encore lettre close pour la plupart des courtisans; quelques-uns seulement, étrangers d'origine ou Russes déjà frottés d'européanisme, en ont la curiosité. Jusqu'où elle s'étend, nous pouvons en juger par les catalogues des bibliothèques d'Ostermann3 et de Matviéief 4. Dans l'une et dans l'autre, il y a des dictionnaires, des grammaires, des livres techniques, sur toutes les spécialités, de la droguerie à la diplomatie; des ouvrages d'histoire et de politique, relatifs non seulement à la France, mais encore à beaucoup d'autres pays ; des traductions françaises de l'anglais ou de l'italien qui témoignent que les conseils de La Neuville sont suivis, et que le Russe voit déjà dans le livre français le moyen le plus commode de s'initier aux choses européennes, Mais les ouvrages qui traitent de la France elle-même sont, et de beaucoup, les plus nombreux. Voici des descriptions de nos provinces, de Paris, de Versailles, des alentours de Versailles; des histoires de France, des livres d'actualité politique, la Dîme royale de Vauban. Notre littérature est représentée par le Discours sur r Histoire Universelle, Télémaque, les œuvres de Corneille,
1. Soloviof, Histoire de Russie, XVII, p. 128. — Biélokourof, ouvr. cit., p. 316. — Mémoires de Catherine II, pp. 99, 100.