Jd., p
des Cosaques et la friponnerie des Juifs, ne contredisent pas l'affirmation de Biélaief , que « le peuple accueillait les prisonniers avec compassion, les nourrissait, couvrait leur nudité i ». On peut en dire autant des soldats de l'armée régulière; moitié par sentiment de confraternité militaire, moitié par souvenir confus des bons traitements que les prisonniers de Zurich et de Bergen ont trouvés en France, ils se montrent tout différents des Cosaques et des miliciens. On se rappelle la scène de Guerre et Paix où des grenadiers russes relèvent le soldat Morel, à demi mort, et le raniment avec force vodka. Bientôt ivre, Morel danse et chante « Vive Henri IV î Vive ce roi vaillant ! », et les Russes de répéter en chœur « Vivaricalvivacérouvalla2!» A part ce chant, très peu vraisemblable en 1812, les scènes de ce genre n'ont pas été rares entre soldats. Entre officiers, elles prennent, bien entendu, un tout autre caractère : c'est ou l'extrême brutalité, ou, plus souvent, la courtoisie la plus généreuse3. On voit un général prince Koudachef, le propre neveu du généralissime Koutouzof, frapper un officier blessé qui lui présentait une plainte; mais on voit aussi, dès qu'il a le dos tourné, les officiers de son état-major apporter leurs excuses au prisonnier, et lui témoigner leur sympathie par tous les moyens4. Dans un village, Laflize et ses camarades rencontrent trois officiers qui parlent à peine le français. « Ils témoignèrent pourtant tant de sympathie à notre situation que nous les remerciâmes de tout cœur. Par surcroît, ils rassemblèrent entre eux 50 roubles qu'ils nous remirent pour nos besoins les plus pressants. Le major Breton, en les acceptant, déclara qu'il les donnerait à nos soldats qui manquaient de tout, surtout de chaussures. Aussitôt les officiers russes envoyèrent
1. Souvenirs, Antiquité russe, XXIX, p. 13. — Cf. Laflize, ibid., LXXIII, p. 64. — Roy, pp. 87, 94.