‹ La Culture française en RussieChapitre 252 sur 518 · Mémoires de Wedel · texte numérisé non relu

Mémoires de Wedel

acheter une douzaine de paires de bottes qu'on put trouver, et nous les remirent.... J'ai toujours regretté de n'avoir pas su le nom de ces braves gens1. »

Plus les prisonniers se rapprochent des gens relativement cultivés, plus leur sort s'adoucit. Des simples roturiers, quelquesuns, directeurs de fabriques ou régisseurs de biens, Allemands ou Polonais, sont de cœur avec les vaincus, mais n'osent guère le laisser voir. D'autres, Russes authentiques, sont moins craintifs. « Nous couchâmes chez un maître de poste qui avait été prisonnier dans notre pays.... Quel bien il nous fit en nous parlant avec éloges de la France2! » Il en est de même, en général, des fonctionnaires ; les prisonniers se rappellent qu'ils ont été bien logés par celui-là, bien nourris par celui-ci; qu'on a causé, appris des choses curieuses, qui, à vrai dire, sont quelquefois d'énormes mystifications3.

Quant aux seigneurs, tout d'abord ils voient de haut cette tourbe de misérables; ils ne peuvent pourtant pas se montrer moins humains que tel moujik ou tel gratte-papier. Le châtelain du village que traverse le convoi donne donc vivres et vêtements; le maréchal de la noblesse invite les officiers, envoie des vivres aux soldats, puis traite comme il le mérite le chef du convoi, et c'est une grande joie pour les convoyés4. A Vologda, le prince Viazemski fait la quête pour acheter, aux survivants, chaussures, moufles, touloups fourrés5. Mais tous les témoignages s'accordent pour décerner aux dames la palme de la générosité. « Anges de paix et de consolation, s'écrie Domergue, elles séchèrent bien des larmes ! 6 » Ce n'était pas, d'ailleurs, qu'elles fussent moins patriotes que leurs maris, mais comment

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