‹ La Culture française en RussieChapitre 254 sur 518 · V. Gadaruel, Relation du séjour des Français à Moscou · texte numérisé non relu

V. Gadaruel, Relation du séjour des Français à Moscou

émigrés ne s'en effaroucheraient-ils pas? « Sur 160 officiers prisonniers à Saratof, écrit Mlle Volkova, il n'y en a que sept ou huit qui soient convenables.... Je suis étonnée de la dégénérescence de cette pauvre nation. » Heureusement, elle découvre, parmi ces moujiks, un Larochejacquelein et un dç Tracy qui ont conservé les grâces de l'ancienne France. Elle les reçoit donc, et quand, quelques jours plus tard, ils lui présentent leurs amis Dupont et Durand, elle les reçoit de même, en s'imaginant qu'elle fait contre mauvaise fortune bon cœur. « Je les déteste donc ; mais quand j'en rencontre un, je suis aimable * ! »

Un soir, chez des amis, le comte Razoumovski fait sa prof ession de foi : « Jamais je ne recevrai chez moi un seul de ces va-nupieds 2 î » En rentrant, il apprend que la comtesse en a invité douze pour le lendemain. Il se résigne, accueille poliment ces hôtes de malheur, parle du Palais-Royal, ne conteste pas que si, lui, il avait été fait prisonnier, on l'aurait tout bonnement envoyé s'y promener. Puis il reconnaît que les Français euxmêmes ont fait moins de mal à Moscou que leurs alliés3, et la soirée finit sans doute par l'inévitable discussion que Pouchkine n'a pas oubliée de placer dans Roslavlef : « Vous avez brûlé Moscou! — Quel intérêt y aurions-nous eu? » Quand on se sépare, très tard, le Russe ne sait plus, au fond de son cœur, « qui il doit détester, du Russe ou du Français 4 » .

Dans le doute, il se laisse aller à son penchant, qui est de donner tort au compatriote. Le Vandale, c'est maintenant Rostoptchine : on découvre même que le pillage de Moscou l'a enrichi3! Alors, pourquoi tenir rigueur aux Français? ils ne sont pas, comme le Suisse Christin s'entête à le dire, « des brigands, compagnons d'un autre Pougatchof 6 », mais des malheureux,

1. Lettres de Marie Volkova, d'avril, de mai, de juillet, passim.

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