‹ La Culture française en RussieChapitre 255 sur 518 · Archive russe, 1882, IV, p · texte numérisé non relu

Archive russe, 1882, IV, p

victimes, comme les Russes, d'une épouvantable machination. Que le gouvernement fasse la guerre à « l'autre Pougatchof », soit! mais l'honnête homme n'a plus, à l'égard des vaincus, que le devoir de les traiter comme jadis les émigrés. Et, de toute part, sans attendre cette « moindre démarche » dont parle Montalant-Bougleux, le pain et le sel russe volent au-devant de « nos amis les ennemis » .

Les Français en sont ravis, mais encore plus surpris. « C'était si différent de tout ce que nous avions vu jusqu'alors que nous ne pouvions y croire. » La veille, c'était la neige à l'infini, des figures barbares penchées sur les mourants pour lés dépouiller et les achever; c'était, dans des villages sordides, les injures, les coups, la famine : voici maintenant que, sur le seuil du château où vous entraîne un ami inconnu, c'est en français qu'on vous accueille, français trop correct au gré des vétérans brouillés avec la grammaire, français trop chantant peut-être sur les lèvres des dames, mais quel chant de sirène fut jamais aussi doux que leurs paroles de bienvenue i ? Vous voilà dans un salon : ces meubles, ces bronzes, ces porcelaines, ce grand portrait de Richelieu, viennent de Paris; vous êtes au faubourg Saint- Honoré ou à la Chaussée d'Antin2. On vous conduit dans votre chambre; le lit est peut-être sommaire, mais le mur est orné d'une gravure française, le Pourvoyeur du Couvent. « C'est un capucin qui porte une botte de paille dans laquelle est cachée une jeune fille3», et votre hôte vous raconte la colère de l'évêque d'Oufa qu'on avait, par mégarde, logé dans cette chambre. Puis vous dînez, et l'on vous sert des plats dont vous n'aviez plus goûté depuis le passage du Rhin ; après quoi, vous constatez, au salon, que le Calife de Bagdad règne jusque sur l'Oural. Si vous aimez mieux la lecture, vous trouverez, dans

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