‹ La Culture française en RussieChapitre 258 sur 518 · Antiquité russe, LXXIII, pp. 360 et suiv · texte numérisé non relu

Antiquité russe, LXXIII, pp. 360 et suiv

des soldats non moins que des officiers. On connaît la légende du tambour François Lejeune, que, sur ses insignes de musicien, un gentilhomme a tiré des pattes des moujiks. On l'a emmené au château, réchauffé, rhabillé, réconforté, assis enfin devant un forté-piano : silencieuse et l'oreille tendue, toute la famille se tient debout derrière lui. Éperdu, Lejeune tape sur les touches comme jadis sur son tambour; quand il se retourne, prêt à tous les supplices, il ne rencontre que des regards charmés ; il enseignera à ces demoiselles la musique, et sans doute aussi le français1. « Dans ces pays ignorants et presque barbares, écrit Montalant-Bougleux, on agréait sans difficulté un tambourmajor comme professeur de langues, et un pharmacien militaire comme maître à danser2. » On accepte même, à l'occasion, le Prussien qui se fait passer pour Français.

Le métier de guérisseur n'est pas moins avantageux. Dans les campagnes, des soldats s'improvisent rebouteurs, dentistes, sorciers même ; bientôt on vient de tous les côtés les consulter3. Dans les villes, nos médecins-majors font concurrence aux Allemands qui, jusqu'alors, avaient joui seuls en Russie du droit d'achever les malades; leurs prescriptions sont plus claires, moins pédantes, et quelquefois elles guérissent4! Le succès de nos docteurs est si grand que plusieurs d'entre eux resteront volontairement en Russie.

Enfin, aux Français qui n'ont ni la science du médecin ni l'occasion du professorat, il reste la faculté d'être hommes — sinon du monde — du moins d'agréable compagnie, et, de fait, c'est ce qu'on attend d'eux, avant tout. On guette donc le moment où « leur gaîté naturelle ayant pris le pas sur leur douleur », ils pourront « animer la société par leur conversa-

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