Voir fclus haut, p
neur qu'on lui a fait en l'invitant à dîner, il charme ses hôtes par ses réflexions mélancoliques sur les malheurs de la guerre ; quand il part, le lendemain, après d'affectueuses poignées de main, il est l'ami de toute la maison. Il en est de même dans tous les villages, dans toutes les villes qu'il traverse. Puis, un jour, il passe près du Cirey de Voltaire. A la visite de ses salons abandonnés, un sentiment se réveille en lui, auquel, depuis dix-huit mois, il n'avait plus eu le loisir de se livrer; le culte des lettres, l'amour de cette civilisation dont il avait désespéré en 1812, le souvenir enfin des bienfaits de la culture française. Sa gallophobie d'occasion disparaît; il reviendrait à la gallomanie si l'on pouvait employer cette finale désobligeante à propos d'un esprit aussi délicat.
Assurément, dans le corps des officiers, il est une exception; pourtant, les sentiments de ses camarades ne diffèrent pas beaucoup des siens. Tous les Mémoires d'officiers russes nous les montrent désireux de démontrer au « pauvre peuple » qu'ils ne sont « ni des anthropophages, ni des cyclopes1 ». Ils s'y appliquent, d'abord, en se montrant polis pour leurs hôtes, en ne chicanant guère sur ce qu'on leur fournit — ce serait movétonn ; quand ils exigent beaucoup, au moins n'y mettent-ils pas l'insolence des Prussiens. Puis ils font observer par leurs soldats, autant qu'ils le peuvent, une exacte discipline. Le premier acte de ceux-ci, en arrivant au cantonnement, est toujours de forcer les caves ; l'officier prévenu accourt et distribue les coups de plat de sabre avec tant de libéralité qu'on regrette parfois de l'avoir été chercher; les meurtrissures de ces pauvres diables ne rendront pas les bouteilles qu'ils ont déjà vidées 2. Ce souci de la discipline, chez les officiers russes, ne s'étend pas qu'à leurs soldats : si le Grand-duc Constantin, à Areis-sur-Aube, se refuse