Dry, ouvr, cité, pp. 324 et suiv
3. Archive russe, 1877, I et II. Mémoires, Paris, Revue rétrospective, 1891.
D'abord, entre les Français et les puissances germaniques, ils servent de tampon protecteur. C'est Alexandre qui, de concert avec Wellington, sauve l'Alsace et la Lorraine; c'est encore lui qui, trois ans plus tard, abrège l'occupation de la France par les étrangers1, service dont, à vrai dire, la Cour lui sera peu reconnaissante. On y enrage de le voir venir, en 1819, « sans autre décoration que la petite croix de la Légion d'honneur, gage de l'amitié de Bonaparte 2. »
Quant à ses sujets, ils s'efforcent, encore plus qu'après la paix de 1814, de ne pas molester les vaincus. Partout leurs troupes ne méritent que des éloges. A Nancy, Nicolas Tourguénief, qui dirige la chancellerie du corps d'occupation, nous montre « les soldats russes devenus, par leur patience et leur obligeance, les amis des habitants dont ils sont les hôtes forcés », et la tradition locale ne dément pas son témoignage3. A Maubeuge, « où l'on se croirait en Russie aussi bien qu'à Kline ou Kolomna... on adore Vorontzof4 ». C'est Rostoptchine qui l'assure, mais voici des articles des journaux de Bruxelles, où, à propos de rixes entre Prussiens et villageois français, on fait ressortir la bonne conduite et la popularité des Russes. « Les Français les traitent de la manière la plus affable : c'est qu'aussi la discipline exercée par le général Vorontzof ne laisse rien à désirer5. »
A Paris, il n'y a de garnison russe, après les Cent-Jours, que fort peu de temps : mais on y rencontre constamment, jusqu'en 1818, des officiers évadés de Maubeuge ou de Nancy. L'un d'eux nous a décrit ses impressions dans une revue moscovite, le Bien-Intentionné, de 1817. Il y décrit les théâtres, l'illustre Potier, vante, non sans un peu d'ironie, l'amabilité légère des Parisiens, calcule qu'on peut vivre au milieu d'eux, pour pas
i. Albert Sorel, Le Traité de Paris du 20 novembre 1815.
2. Rostoptchine, lettre du 30 octobre 1818. Archive Vorontzof, VIII, p. 353.
3. Nicolas Tourguénief, La Russie et les Russes, I, pp. 67 et suiv.