Archive Vorontzof, XVII, p
plus de 1000 francs par mois, malgré le Palais-Royal dont l'immoralité, assure-t-il, a été fort exagérée. Là, la rédaction du Bien Intentionné croit devoir couper le récit par l'expression d'un doute, mais sans y insister autrement. En général, les Russes ne se laissent pas aller à la déclamation sur la « Babylone moderne » ; ils en parlent tous, en 1814 et en 1815, comme Fone Bradke qui constate simplement « qu'en temps de guerre, beaucoup de choses arrivent qui n'existent sans doute pas pendant la paix i » .
Paris, de son côté, fait plus que supporter les Russes; il les aime, d'abord pour faire sentir aux autres combien il les déteste, mais pas uniquement pour cela. « Les Français sont reconnaissants à notre Tsar pour avoir sauvé non seulement Paris, mais la France, » écrivait Batiouchkof en 1814. A cette reconnaissance, qui n'a pu que croître après 1815, sont venus se joindre d'autres sentiments. Le lettré leur sait gré de leur goût pour la culture française ; le boutiquier vénère en eux des clients qui ne lésinent pas; l'homme du peuple trouve son garnisaire russe « facile à vivre2 ». Aussi leur fait-on, en 1818, des adieux que peu de vainqueurs ont mérités. On leur chante, au théâtre, les vers devenus classiques :
Que j'aimais à voir sur ces bords Les fiers guerriers de la Russie !
Parmi nous, ces enfants du Nord N'étaient-ils pas dans leur patrie3?
On les met à la scène, mais pour marquer encore plus la préférence qu'on leur accorde. « L'autre jour, écrit l'amiral Tchitchagof au gallophobe Simon Vorontzof , on a donné une nouvelle pièce aux Variétés, intitulée les Quatre Nations. Elle est relative