‹ La Culture française en RussieChapitre 276 sur 518 · Chopin, De Vétat actuel de la Russie..., p · texte numérisé non relu

Chopin, De Vétat actuel de la Russie..., p

croire. Jadis, en effet, elle en imposait à la Russie par le prestige de ses rois; plus tard, ses victoires ont fait oublier leur chute. Maintenant, l'armée russe est entrée à Paris ; si les Bourbons régnent de nouveau sur la France, c'est grâce à Alexandre; quel peut être alors leur prestige, à elle et à eux? Et si ce prestige est évanoui, si des rapports d'estime et d'amitié ne peuvent s'établir entre l'Etat vainqueur et l'Etat vaincu, de quel crédit jouiront la culture et les idées qui, pour les étrangers, nous ont conduits à la ruine?

On sait que si la Russie a sauvé la France, en 1814 et en 1815, de plusieurs conséquences possibles de sa défaite, il n'en est pourtant pas résulté de sympathies entre les gouvernements. A peine restauré, Louis XVIII s'est aliéné Alexandre par des taquineries d'étiquette ; un peu plus tard, à Vienne, Talleyrand a lié partie avec les rivaux de la Russie. Après les Cent-Jours, les ministères russophiles de Richelieu, et l'entente qui mène à Navarin, n'aboutissent pas à l'alliance dont rêvent, chez nous, les ennemis des traités de 1814. Puis vient le gouvernement de Juillet, qui s'appuie sur l'Angleterre, tandis que l'opinion publique prend fait et cause pour les Polonais contre les Russes. La foule casse les carreaux de l'ambassadeur de Russie; la tribune et la presse retentissent de défis aux « Cosaques ». Ce serait la guerre, si la quantité d'États interposés ne rendait ces manifestations à peu près inoffensives i.

Naturellement, l'attitude de la Russie répond à la nôtre. Sous la Restauration, ce n'est encore que la froideur. Notre premier ambassadeur après 1814, Noailles, fait assez pauvre mine. « Ce n'est plus le genre du proconsul Caulaincourt » , note -avec satisfaction la princesse Tourkestanova 2, et cela n'empêche pas qu'on ïe traite comme si l'on regrettait ce proconsul. Ce ne sont

Page 1