‹ La Culture française en RussieChapitre 28 sur 518 · Id., p · texte numérisé non relu

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aux fonctionnaires, qui s'acquitteront en retenues sur leurs appointements *.

Mais d'autres traductions, bien que restées manuscrites, ont eu plus du succès; ce sont celles que des amateurs inconnus ont faites de nos romans et de nos comédies, plus souvent sur le polonais ou l'allemand que sur le français 2. L'Ariane de Desmarest de Saint-Sorlin, la Cléopâtre de La Calprenède, Hippolyte et Julie, Jeannette ou la Vertueuse Sicilienne, Charles d'Orléans^ de Mme d'Aulnoy, ont passé en russe, vers la fin du xvnc siècle, en même temps que le Geôlier de soi-même, de Thomas Corneille, Y Amphitryon de Molière et le Don Juan de son rival, le fournisseur de l'hôtel de Bourgogne, de Villiers3. Tout cela se dévorait avec un intérêt qu'attestent les anathèmes inscrits en première page contre l'emprunteur indélicat qui ne rendrait pas le manuscrit prêté 4.

Nos romans, en effet, apportaient à l'esprit russe une pâture nouvelle, et justement celle qu'il lui fallait à ce moment. A travers les évasions, les enlèvements et les beaux coups d'épée, sous le masque transparent de Romains et de Gaulois de fantaisie, ils montraient au boïar, à la boïarine, le seigneur et la grande dame qu'il leur fallait imiter; à l'un et à l'autre, ils enseignaient l'art de sentir et d'exprimer « le doux, le tendre et le passionné », et de bonne heure on s'aperçoit que leurs leçons profitent. Dans les lettres d'amour de la fin du xvif siècle, l'amant se bornait à s'informer de la santé de l'amante, en ajoutant que, pour sa part, il allait bien : dix ans plus tard, l'amante est devenue une Vénouss ; l'amant soupire, car le dieu malin, Koupido, l'a frappé d'un trait cruel, et sans doute il expirera si la Fortouna ne lui procure le rendez-vous depuis si longtemps désiré. Au besoin, il menace de se suicider : « Je vais mourir;

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