‹ La Culture française en RussieChapitre 280 sur 518 · Id., du 13/25 juin · texte numérisé non relu

Id., du 13/25 juin

culte de notre passé. Au temps de la Terreur, elle évoquait l'image de la France monarchique, en l'entourant d'une auréole qu'elle n'avait pas toujours eue pour ses contemporains. Maintenant, entre la Russie et la France des parlementaires, une autre image s'interpose, et justement celle qu'on croirait la moins propre à fasciner les combattants de 1812 et leurs fils.

Barante, arrivant à Pétersbourg, est surpris d'y trouver partout Napoléon. « Les boutiques et les salons sont pleins de ses portraits, de gravures de ses batailles, de tout ce qui se rapporte à lui1. » A Moscou, un peu plus tard, Marmier fait la même remarque. « Les portraits en pied d'une longue suite d'aïeux sont remplacés, dans les appartements des grands seigneurs moscovites, par le Passage du Mont Saint-Bernard ou les Adieux de Fontainebleau2. » Il faudra l'émancipation des serfs, et son cortège de soucis nouveaux pour changer la mode et faire descendre Napoléon et ses maréchaux chez les brocanteurs où M. de Molinari les retrouvera vers 1860 3.

Quels sentiments se rattachent à ces images? le voyageur français n'a pas à se le demander longtemps. Dans tous les salons il rencontre — à défaut de la dame invraisemblable qui prend Napoléon pour Moïse : « Ils ont donc été tous les deux en Egypte4! » — du moins des militaires qui ont fait campagne contre lui. Or, son souvenir n'évoque, pour eux, « qu'une idée de grandeur plutôt que de haine5 ». Ils rappellent « sans rancune et sans embarras, leurs défaites et même la ruine de Moscou » ; et quant à leurs victoires, ils ne les étalent pas avec l'ostentation grossière de certains de leurs voisins. « Les souvenirs de la croisade contre la France sont très froidement accueillis ici....

i. De Barante, Souvenirs, V> p. 286.

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