‹ La Culture française en RussieChapitre 281 sur 518 · De Barante, VI, p · texte numérisé non relu

De Barante, VI, p

Comme gloire historique on aime à s'en parer, mais ils n'ont rien à faire avec les sentiments actuels *. »

Ces dispositions, le souverain les partage, tout « carliste » qu'il soit. Nous avons vu Alexandre Ier se parer, devant Louis XVIII, de sa croix d'honneur de Tilsitt. Nicolas Ier, devant n'importe quel Français, prend grand soin de distinguer entre ses sentiments et l'attitude à laquelle, dit-il, ses antécédents l'obligent2. Or, si ceux-ci lui imposent la froideur à l'égard de la France officielle, ceux-là lui inspirent, sur celle du passé, des propos que notre ambassadeur écoute, non sans embarras : « Horace Vernet, dit-il un jour, a fait un tableau de deux grenadiers de la Vieille Garde; c'est à faire battre le cœur3! » Puis il rappelle Austerlitz, parle avec sympathie du prince Eugène et de la reine Hortense, et Barante, méfiant, se demande si ce n'est pas pour lui suggérer que la France a encore une dynastie en réserve4. Voilà enfin qu'il tire du fond de la Bavière un duc de Leuchtenberg pour lui donner sa fille, au grand étonnement de ses sujets. Était-ce donc la peine, se demandent-ils, de refuser, jadis, une grande-duchesse au héros tout-puissant pour en jeter une autre, maintenant, dans les bras de son petitfils adoptif, un Franco-Bavarois sans prestige 5?

Ces sympathies, qui ne sont pas exclusivement napoléoniennes, mais s'adressent aussi « à une France idéale, toute monarchique et militaire, qu'on regrette sans savoir si elle est possible6 », induisent parfois l'Empereur en de singuliers discours. Montre-t-il ses troupes à un Français de passage : « Dieu nous préserve de la guerre, lui dit-il; mais si par malheur nous l'avions, il faudrait voir Français et Russes marcher ensemble :

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