‹ La Culture française en RussieChapitre 286 sur 518 · Id., VIII, lettre du 20 avril · texte numérisé non relu

Id., VIII, lettre du 20 avril

l'exprimer à l'Impératrice. « En Hollande, en Italie, en Allemagne, en Russie, on nous appelle encore des barbares* L'empereur d'Autriche et le roi de Prusse auraient bien voulu échanger leurs sujets contre ces prétendus barbares1. »

A vrai dire, cette supériorité pourrait être une raison de rester chez soi, et les gallophobes s'indignent de cette démangeaison de l'Occident, et surtout de Paris. « N'y allez pas! clament-ils; fuyez ce foyer de toutes les corruptions! visitez notre Russie, si grande et si mal connue; visitez le Caucase! » Mais maintenant que le salut de la patrie n'est plus en jeu, les gallomanes impénitents ont beau jeu pour se défendre. « Pourquoi voyager chez les Kabardiens ou les Tcherkesses? répond Viazemski à "Voeikof : qu'apprendre chez eux? et en quoi Paris serait-il plus contagieux qu'une autre ville? Mérite-t-il le sort de Soclome et de Gomorrhe pour avoir donné au vice du moins des apparences gracieuses, et parce que les dames s'y habillent mieux et y sont plus propres qu'à Pétersbourg?... Et préférerons-nous l'hiver parce qu'en réchauffant la nature, l'été réveille des miasmes... Attaquer Paris, c'est attaquer la civilisation2. »

On part donc pour Paris ; si c'est par la route du sud, on verra, à Yienne, les fêtes du Congrès, et à Schônbrûnn, « la ménagerie et le diablotin3 », c'est-à-dire le roi de Rome; si l'on prend celle du nord, on compte y recevoir, de Mémel à la frontière française, les marques de la reconnaissance des bons Allemands. Mais les Allemands trouvent, d'abord, qu'on ne les a pas encore assez débarrassés des Français; puis, avec peu de logique, que, la valeur allemande ayant tout fait, les « Cosaques » ont grand tort de se rengorger. Alors Rostoptchine — en route pour Paris, lui aussi — leur dit leur fait, à ces « rustres pédants ».

i. Archive Vorontzof, 1813, XVI, p. 400.

Page 1