Archive Vorontzof, XXIII
<c Depuis l'éloignement de Bonaparte, ils se sont rembourrés d'orgueil et d'honneur national, et moi, je leur prouve toujours qu'ils n'ont fait autre chose que de se joindre aux vainqueurs.... Les Allemands reprochent aux Français d'être pillards, mais eux-mêmes, qu'ont-ils fait pendant le règne de Bonaparte? Ils ont porté le joug en fumant, et l'ont aidé en volant leurs voisins, leurs amis. Ils n'aiment pas quand on leur démontre qu'il n'y a que trois nations au monde, l'anglaise, la russe et l'espagnole 4. »
Aussi, quel soulagement quand, enfin sorti du pays de ses alliés, le Russe arrive dans celui de ses ennemis! Partout, c'est le plus aimable accueil ! Les douaniers arrêtent la visite de vos bagages dès qu'ils vous savent Russe2; les maîtresses de poste vous donnent les meilleurs chevaux; en diligence, tout le monde vous sourit, depuis le postillon jusqu'à l'inévitable commis-voyageur : seul, de son coin, l'officier en demi-solde vous regarde d'un air rogue, mais il s'humanisera si vous lui adressez un mot poli3. Et d'étape en étape, à travers cette Champagne arrosée de tant de sang russe, notre voyageur atteint enfin sa seconde patrie, Paris.
Parfois, pour bien manifester qu'il s'y sent chez lui, il éprouve le besoin d'y rappeler, par son entrée, le défilé des Cosaques suj le boulevard; tel y apparaît en troïka , avec un cocher barbu qu'aussitôt des Anglais veulent acheter en même temps que le reste de l'équipage4; tel autre — le futur ministre de l'Instruction publique, Norof — prenant la rue Vivienne pour la steppe, y fournit des courses folles qui le conduisent directement au poste de police5. Mais ces bouffées passent vite; au bout de vingt-quatre heures, les conquérants sont redevenus les voyageurs paisibles du xvme siècle.
Leur premier soin, une fois installés — qui, dans un hôtel