Archive Vorontzof, VIII, p
*ement, guidé par quelque ancien émigré, dans les salons français; mais, le plus souvent, sans grand plaisir. Pour y nouer des relations cordiales, il faudrait, dit Joukovski « rester au moins un an à Paris1 », et, presque toujours, c'est pour trois mois ou six au plus qu'on est venu.
Les théâtres, et surtout ceux du boulevard, offrent des plaisirs plus faciles ; les Russes s'y pressent donc. Aux Variétés, vous pourrez entrevoir Rostoptchine, dans sa baignoire, applaudissant Brunet. « Après Richelieu et Sully, écrit-il à Vorontzof, il est le génie le plus extraordinaire que la France ait produit. Encore les deux premiers ne faisaient-ils pas rire2! » Vous y verrez aussi, étalé en première loge, en compagnie d'une certaine demoiselle Irma, le prince Tioufiakine, surintendant des théâtres impériaux, qui prépare, dit-il, un rapport officiel sur l'état de la scène parisienne; un soir, il s'y dispute avec des journalistes qui le baptisent « Tout Faquin », sur quoi il leur intente un procès qui, passant d'instance en instance, égayé fort le Tout-Paris franco-russe 3.
On va aussi à l'Opéra-Comique où l'on entend Mme Manviel — qui, de son vrai nom, s'appelle Féodorova * — et beaucoup plus encore au Théâtre-Français, où l'on porte toujours les sentiments que nous avons [trouvés jadis en Karamzine3; comme lui, Joukovski ne se lasse pas d'admirer notre comédie, mais fait des réserves sur notre tragédie6. N'empêche qu'elle a toujours ses partisans : Sverbéief, qui consacre vingt pages de ses Mémoires à la Duchesnois, à Mlle Mars, à Mlle Georges, à Talma surtout; l'actrice Kolossova qui, de Pétersbourg, vient
1. Archive russe,. 1875, II, pp. 318, 319. Lettre à Mme Moreau de la Meltière.