Viazemski, Œuvres, VII, p
prendre les leçons des maîtres suprêmes; son ami Katénine qui, de Pétérsbourg, l'accable de questions sur eux dans toutes ses lettres. Que sont devenus Michot, Martin, Mme Leverd, Lafon, Dumas, Joanny? Se peut-il que vous ne soyez pas contente de Mlle Duchesnois? que fait Mlle Mante qui jouait autrefois Célimène? Gomment vont vos leçons avec Talma? n'y met-il pas une ardeur trop communicative? Puis il discute sur la valeur des tragédies d'à présent : « Je voudrais du Racine, mais j'ai peur que son art d'écrire ne soit perdu », et sur la fécondité de la Melpomène française : « Ne serait-ce pas une abondance stérile? » Il conclut qu'en tout cas, les auteurs français sont bien heureux de ne pas avoir affaire à la censure russe, qui n'admet pas qu'on écrive, par exemple : « Ce n'est pas assez qu'un chevalier soit brave, il faut qu'il soit aimable, » car cela pourrait pousser les officiers de la Garde, tous cavaliers, donc chevaliers, « à se livrer à l'amour1 ».
Il y a enfin, comme jadis et même plus que jadis, des Russes venus pour étudier. « Orlof, écrit Rostoptchine, assiste aux cours d'hébreu et d'arabe ; aussi dort-il chez lui et chez les autres 2. » Au Collège de France, Viazemskiale divertissement d'un tapage monstre, dédié au professeur Lerminier qui, d'effroi, s'enfuit par la fenêtre3. A la Sorbonne, oubliée par les Russes depuis Trédiakovski, Sverbéief suit les cours de Lacretelle pour l'histoire de la littérature, de Daunou pour l'histoire générale, de Guizot pour celle de la civilisation. C'est le dernier surtout qui lui plaît.
« Seul de tous les professeurs français, il ne se permettait pas d'enjolivements oratoires, et jamais d'appel au sentiment patriotique ou, pour mieux dire, au chauvinisme des Français ; il ne permettait pas à ses audi-