Œuvres, X, p
teurs de l'applaudir, ni au commencement, ni à la fin de ses leçons, alors que tous ses collègues s'efforçaient constamment de provoquer les applaudissements K
Cette emphase un peu grossière est, pour la plupart de leurs auditeurs russes, le péché de presque tous nos orateurs. « Ils abusent du don de la parole2 », et trop souvent, c'est pour flagorner la vanité nationale. Alexandre Tourguénief entend répéter plusieurs fois, dans une réunion] de la Société Philotechnique, que « la France marche à la tête de la civilisation » ; tout francophile qu'il soit, il finit par en être agacé : « Où est donc l'Angleterre? » demande-t-il3. En revanche, quand l'orateur français réunit la discrétion à ses autres qualités, il a des chances d'être parfait. Si Sverbéief est ravi des cours de Guizot, Joukovski ne l'est pas moins d'une leçon de Villemain sur la Henriade entendue, par hasard, le seul jour où il ait pu aller à la Sorbonne4.
La Faculté des sciences a aussi ses Russes, moins nombreux, mais plus assidus que ceux de la Faculté voisine. Le plus intéressant est Ostrogradski : étudiant à l'Université de Kharkof, il n'a pu en obtenir le grade de candidat ; il a décidé alors sa famille, non sans peine, à l'envoyer à Paris. Il y arrive, après beaucoup de contre-temps, et ne le trouve pas, au premier abord, beaucoup mieux que Kharkof. Les attelages, par exemple, y sont piteux; et quant à la célèbre amabilité des Français, on peut vivre un an à Paris sans en ressentir les effets. Leur élégance n'est pas moins surfaite : ce vieil habit démodé qu'Ostrogradski n'a pas osé apporter de Kharkof, pourrait très bien lui servir pour aller chaque jour à la Sorbonne. Du Palais-Royal, il dit simplement qu'on y trouve même du « lait d'oiseau » , c'est-àdire de tout; mais, cette constatation faite, il revient aussitôt