Archive Vorontzof, VIII, p
faut que l'herbe croisse dans la rue Richelieu, et qu'on aille tirer des lapins sauvages au Palais-Royal4. »
Ces sentiments sont-ils absolument sincères? Ils s'accordent mal, en tout cas, et avec le consentement de Rostoptchine au mariage français de sa fille, et avec les propos qu'il tient en Allemagne, où Varnhagen von Ense constate que « la France et les Français semblaient s'être emparés de toutes ses pensées2 », et avec les passages de ses lettres où il reconnaît que « quiconque a vécu à Paris en devient l'avocat », et conclut que « tant que la bonne compagnie parlera français, que les femmes aimeront les modes, que la bonne chère fera les délices de la vie, et que l'on aimera les spectacles, Paris influera sur les autres peuples3 ».
Le point certain, c'est qu'il n'est pas suivi dans ses attaques, sinon par deux ou trois vétérans de la gallophobie professionnelle. Ceux de nos visiteurs que les longs propos fatiguent disent, comme Vtorof à son départ : « C'est un bon petit pays 4 ! » . Les autres parlent théâtre, modes, cuisine, comme Rostoptchine, et quelquefois évoquent, comme Joseph de Maistre dans une lettre à Monseigneur de Bonald, « ce je ne sais quoi qui fait de Paris la métropole de l'Europe. . . cette espèce de séduction dont tous les voyageurs parlent, et qu'on ne rencontre qu'à Paris 5 » . On peut admettre que notre vie politique est pour quelque chose dans cette séduction; pour le continental de ce temps, qui ne jouit d'aucune liberté, quel tableau peut être plus attrayant que celui de nos batailles électorales et parlementaires? Mais le fait qui domine tout, c'est qu'après tant de guerres, d'invectives contre les Français, de craintes suscitées par eux, on leur sait
i. Archive Vorontzof, VIII, p. 413.