‹ La Culture française en RussieChapitre 301 sur 518 · Ducret, L'esclavage en Russie, pp. 132 et suiv · texte numérisé non relu

Ducret, L'esclavage en Russie, pp. 132 et suiv

un serrement de cœur qu'ils revoient le servage, la misère du peuple, la persécution des libéraux1, etc. » L'impression est d'autant plus pénible, même sans regarder hors de la caserne, que le chef de l'armée, c'est maintenant Araktchéief, et qu'avec lui la frontovaïa, la parade épuisante et pédantesque, qu'on avait eu le temps d'oublier en campagne, redevient à peu près ce qu'elle avait été sous Paul Ier. Le mécontentement s'exprime si haut qu'il alarme déjà les dénonciateurs habituels du spectre rouge. « De vos soldats, francisés par tant d'inoculations, que Dieu vous garde2! » écrit Joseph de Maistre au prince Kozlovski, tandis que, de leur côté, les libéraux européens célèbrent déjà leur prochaine conquête de la Russie. « 0 toi, grand et magnanime Alexandre, s'écrie Byron, sache-le : mes vers pénètrent dans Saint-Péterbourg, et grâce à leur redoutable impulsion, les vagues gigantesques du fleuve menaçant de la liberté vont mêler leur murmure aux mugissements de la Baltique3. »

Le fait est que, même avant le retour des armées victorieuses, l'esprit nouveau a pénétré en Russie; on peut y suivre ses progrès, depuis 1813, d'abord à la transformation des modes. « Comme pour insulter à nos vieilles habitudes, gémit le Fils de la Patrie, les marchands commencent à porter de longs surtouts, avec une sorte de collet retourné.... Ils supposent peutêtre que, parce nouveau costume, ils se rapprochent des peuples civilisés *! » Puis voilà que la classe dirigeante jacobinise aussi son costume. « C'est pourtant aux sans-culottes que nous les devons, nos larges pantalons! s'écrie Viazemski.... Médire de la Révolution française, à l'heure qu'il est, c'est médire en Egypte des débordements du Nil8. »

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