‹ La Culture française en RussieChapitre 303 sur 518 · Nicolas Tourguénief, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Nicolas Tourguénief, ouvr. cité, p

semblent les Christophe Colomb d'un nouveau monde qu'on avait bien entrevu en 1789, mais que la fumée des batailles avait aussitôt voilé. « Beaucoup de choses qui nous paraissent à présent presque banales... étaient considérées alors presque comme des découvertes, car les idées et les maximes politiques proclamées pendant la Révolution française, surtout par l'immortelle Constituante, semblaient avoir été effacées de la mémoire des peuples durant les guerres de la Révolution et de l'Empire1. »

Maintenant que les voilà retrouvées, il faut se préparer à les appliquer; la frivolité d'antan, bonne pour des esclaves résignés à leur sort, ne convient pas à de futurs citoyens. On voit donc changer les manières de la jeunesse ; au bal, les jeunes officiers gardent leur épée; ne dansent plus 2; ils paraissent avoir oublié le fameux verbe « fairlacour-it ». Entre eux, ils ne jouent plus, si ce n'est aux échecs, et ce sont des livres d'économie politique ou de droit constitutionnel qui garnissent maintenant leurs bibliothèques. Tous sont si graves que l'âge mûr s'en inquiète. « Le raisonner tristement s'accrédite! s'écrie Viazemski ; nous avons perdu la faiblesse de nos pères, mais aussi beaucoup de leurs plaisirs.... Maintenant personne ne se vantera de ses sottises; aucune femme, de son amant ; aucun mari, de ses cornes.... Nous sommes une génération de Gâtons ; nos pères étaient des sybarites3. »

En 1818, 1819, ces Gâtons comptent encore que le gouvernement prendra l'initiative des réformes. L'Empereur s'y est montré tout disposé 4 ; il en a parlé à Paris, et en 1814, et en 1815; à Londres, il a consulté lord Grey, stupéfait, sur les moyens de

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