Lettre de 1819. Archive d'Ostafiévo, I, pp
4. Schilder, L'Empereur Alexandre Ier, III, pp. 231,393, etc. — Pypine, ouvr. cité, p. 287.
« créer un foyer d'opposition » en Russie. Rentré chez lui, en 1811, il s'est fait faire, par Laharpe1, des extraits de Jean- Baptiste Say. Enfin, le 18 mai*s 1818, à Varsovie, devant la Diète polonaise, il vient de faire l'éloge des institutions libérales, et de promettre solennellement d'en étendre les bienfaits à tout son Empire. Ce discours produit en Russie une impression extraordinaire. « Il a trouvé beaucoup d'écho dans les jeunes têtes, écrit Karamzine à Dmitrief... En rêve, ils voient la constitution; ils la discutent, arrêtent des projets, commencent à les écrire2. » Les laquais même en parlent, annoncent que l'Empereur va leur donner la liberté ; pour leur faire prendre patience, on leur donne le fouet3.
Cependant les conservateurs s'inquiètent : Karamzine dénonce l'influence de Fouché, de Carnot, de Grégoire, apostrophe les lihéralistes. « Vous voulez le bonheur des gens. Mais y aura-t-il jamais de bonheur là où il y a la mort, les maladies, les vices, les passions 4? » D'autres doutent que la Russie soit mûre pour une constitution. « Qu'aurons-nous en fait de députés? demande Eotchoubey à Spéranski... Notre première assemblée serait étrange5. » Spéranski, de son côté, moins hardi qu'au temps où il revenait d'Erfurth, calcule que « seulement pour épurer la partie administrative », il ne faudrait pas moins d'une génération. « Ils devraient y penser, les jeunes législateurs qui rêvent d'une constitution et s'imaginent que c'est là une machine d'invention récente, qui fonctionne toute seule, d'elle-même6. » Ils devraient y penser d'autant plus qu'ils ne s'entendent guère entre eux. Les uns, inspirés par l'idée anglaise de la liberté aristocratique, veulent que l'autorité dont l'Empereur se dépouillera passe