‹ La Culture française en RussieChapitre 305 sur 518 · Société historique, XG, p · texte numérisé non relu

Société historique, XG, p

6. Revue historique, IX, p. 270. — Schilder, Alexandre Ier, IV, p. 94.

à de grands seigneurs, dont on fera l'équivalent des lords anglais, en leur distribuant les paysans qui ne sont pas encore serfs. D'autres, comme Nicolas Tourguénief ex Viazemski, estiment que la réforme sociale doit précéder l'autre ; qu'il faut, avant tout, affranchir les serfs. Et ces idées opposées concordent du moins en ce qu'elles alarment la masse de la noblesse; les petits nobles, en effet, détestent les autres et, pas plus que par le passé, ils n'imaginent qu'ils pourraient vivre sans des serfs1.

Pour vaincre ces résistances, il aurait fallu à Alexandre une énergie qu'il n'avait pas eue aux plus beaux jours de son règne. Affaibli, devenu à moitié sourd, il se méfie de son peuple, de ses ministres, de son armée, de lui-même. « Je ne suis plus ce que j'ai été, » dit-il aux officiers de la Garde, à Krasnoïé Sélo2. Pourtant il se croit toujours libéral ; il dirait volontiers, comme plus tard Nicolas Ier : « Pourquoi voulez-vous une révolution? Moi-même, je la serai, votre révolution... » 3, mais il ne peut souffrir l'idée que des téméraires veuillent devancer les résolutions qu'il ne se décide pas à prendre ; contre eux il retrouve le dogme de l'autocratie. « Malgré son amabilité et sa courtoisie charmantes, il y avait quelquefois dans ses regards quelque chose qui témoignait que, juste à ce moment, il se rappelait qu'il était né autocrate.... Théophraste et La Bruyère auraient eu du mal à définir son caractère4. »

Les adversaires des réformes profitent, et de ces indécisions, et des événements européens, révolutions d'Espagne et d'Italie qui inquiètent l'Empereur, et plus encore de la révolte, en 1820, du régiment Préobrajenski contre la brutalité de son chef, l'Allemand Schwartz. On sait comment elle fut châtiée. D'autres répressions suivirent; des régiments qui avaient séjourné en France furent envoyés au Caucase « pour y être

1. Voir plus haut, p. 139. — Société historique, CXIX, p. 607, etc.

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