Danilevski, cité par Sehilder, IV, p
anéantis4 ». Les arrestations, les relégations se multiplièrent, coupées pourtant d'accès d'indulgence. « J'ai encouragé les illusions, disait parfois l'Empereur; ce n'est pas à moi de les punir2 ». Il fait, en définitive, juste ce qu'il faut pour persuader les jeunes que les réformes, qu'il a lui-même proclamées nécessaires, ne pourront lui être arrachées que par une révolution.
Ils n'avaient d'ailleurs pas attendu la réaction pour songer à agir, sinon contre le gouvernement, du moins sur lui : « S'il l'oublie, écrivait Viazemski à Tourguénief, après le discours de l'Empereur à Varsovie, il faudra que nous le lui rappelions3 ». Mais comment s'y prendre? Le premier moyen qui se présente à l'esprit d'un Russe, c'est la révolte agraire. « Le servage, voilà la seule force révolutionnaire qui existe en Russie, écrit encore Viazemski.... Voulez-vous que les borodatchi — les moujiks hirsutes — tranchent le nœud gordien à coups de hache4? » Mais c'est là un moyen extrême, car les borodatchi, soulevés, trancheraient encore bien autre chose. Il vaut mieux recourir à des moyens plus doux, à la propagande orale, d'abord : — « Je suis de garde et j'ai un officier de peine aux arrêts, écrit, en 1822, le capitaine Fone-der-Briggen.... Je lui prêche les idées libérales 5 » ; — ensuite à l'union, en groupes organisés, de tous les convertis.
Dès 1816, à Nancy, Nicolas Tourguénief s'occupait de la création d'une société, les Chevaliers russes, qui paraît n'avoir eu aucun succès. Nous avons vu, d'autre part, beaucoup d'officiers se faire affilier à des loges maçonniques, à Paris ou en province; revenus en Russie, ils y entrent dans les loges déjà existantes, mais ne s'y plaisent guère; outre qu'elles sont toutes
1. Nicolas Tourguénief, La Russie et les Russes, II, pp. 514, 551.
2. Schilder, Dictionnaire biographique, Alexandre Ier, pp. 368, 377, 380.