‹ La Culture française en RussieChapitre 317 sur 518 · Le malheur d'avoir de Vesprit, acte I, se. v · texte numérisé non relu

Le malheur d'avoir de Vesprit, acte I, se. v

quement « la patriotique habitude de notre haute société de parler français, rien que français, à toute heure de jour1 » ; à l'autre pôle de la littérature, l'ultra-romantique Marlinski fait parler russe à son lion des salons, qui, d'ailleurs, appelle aussitôt « sur le pré » quiconque doute de sa connaissance du français2. Qu'est-il résulté de ces suggestions répétées?

Le fait est que, comme au xvme siècle, personne ne s'y arrête. Le gouvernement lui-même fait du français une sorte de seconde langue officielle. Quand l'Empereur, à son retour de France, élève un arc de triomphe à Tsarskoié-Sélo, il le dédie A mes chers compagnons d'armes; quand on place des écriteaux, dans la cour du Kreml, sur les canons pris en 1812, ils sont en français, et non pas, comme l'imagine Berlioz, « par une atroce ironie3 », mais parce qu'il paraît naturel, pour un fait d'intérêt international, d'user de la langue internationale. Pour la même raison, on tient, dans les Ministères, à « de bonnes plumes françaises » ; Viazemski en est réputé, sinon la première, du moins la seconde4. Le français est enfin la langue qu'on parle aux Polonais, quand on veut être poli; c'est un certain Deschamps qui a écrit le discours [fameux d'Alexandre Ier à Varsovie 5.

D'autre part, le français est toujours la langue obligatoire des gens du monde; ne pas le parler, c'est s'avouer de petite naissance, se dégrader dans une société où le grade serait tout, si justement le français, selon qu'on le parle plus ou moins bien, n'ajoutait ou n'ôtait à sa valeur. Dans le Malheur d'avoir de V esprit, le colonel Skalozoub veut-il prouver que les officiers de l'armée de ligne ne le cèdent en rien à ceux de la Garde : « Je vous en citerai, dit-il, qui parlent français aussi bien qu'à

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