Viazemski, Œuvres, I, p. xxxv. V. ci-dessus, p
Pétersbourg1 », et c'est là, sans doute, un grand avantage pour eux, car, dans le service, le français est la langue des réprimandes, et le russe, celle des injures2. Il y a d'ailleurs des colonels patriotes qui veulent réagir contre l'abus de la langue étrangère. L'un d'eux reçoit fort mal un sous-lieutenant fraîchement promu, qui a cru bon de se présenter en français; le pauvret s'en va, navré, quand la porte se rouvre derrière lui : « Vous. savez, lui crie son chef, cette fois en français; on danse chez moi ce soir3 ».
Pourquoi ce brusque retour à l'autre langue? C'est d'abord que le colonel n'a pas voulu laisser croire que peut-être il ignore le français ; c'est ensuite que l'idée de bal l'appelle invinciblement. Comment s'adresser à des dames en une autre langue? Dans les Ames mortes, Gogol dépeint une soirée chez le gouverneur de B... ; il y a là des fonctionnaires vieux ou jeunes, gras ou fluets ; ceux-ci se croiraient déshonorés s'ils parlaient russe à leurs danseuses4. Bien entendu, si des billets doux s'ensuivent, ils seront toujours en français. « L'amour élégant, dira plus tard Tolstoï, ne peut trouver d'expression que dans cette langue ; une foule de gens, qui aiment ou croient aimer, sentiraient leur amour s'évaporer s'il fallait le manifester en russe.3. » D'ailleurs, amour à part, toute correspondance entre gens d'un certain monde est inévitablement en français : il a fallu que, dans leurs publications récentes, les éditeurs russes traduisent, pour les mettre à la portée des lecteurs d'aujourd'hui, et les lettres d'Alexandre Tourguénief à la princesse Viazemskaia6, et celles de l'étudiant Granovski à sa cousine 7, et celles de Pouchkine à sa