‹ La Culture française en RussieChapitre 322 sur 518 · Viazemski, Archive russe · texte numérisé non relu

Viazemski, Archive russe

Suivons notre Russe en soirée; il y dansera les mêmes danses qu'avant 1812; si la pliaska russe, à un moment, s'est fait une place à côté des « françaises », c'est qu'elle a été arrangée, pour les salons, par le célèbre Auguste. Il chantera les mêmes romances, à cela près que le Vive Henri IV! a pris la place du Partant pour la Syrie1. S'il reste avec les dames, il jouera aux mêmes jeux, au secrétaire, voire au Pigeon, vole! avec gages et pénitences ; il se verra sommé, s'il a perdu, d'inscrire quelques vers ou du moins une pensée sur un album : c'est un supplice auquel on n'échappe nulle part2. Même dans le parc impérial de Pavlosk, dans le Pavillon des Roses, il y a « tout ce qu'il faut pour écrire », et le voyageur est tenu de déposer son offrande poétique.

0 vous qui présidez à ce lieu solitaire,

Déesse, apprenez-moi dans quel temple je. suis 3...

Mais les vers d'un passant, d'un inconnu, sont sans intérêt; ce qui pare une collection, ce sont les autographes d'écrivains célèbres. On les fait donc assiéger, même à Paris, par tous les Russes frottés de lettres, et, à vrai dire, leur mission n'est pas toujours facile; Alexandre Tourguénief se plaint amèrement de Nodier qui s'obstine à ne lui donner que des réflexions scabreuses4.

On joue enfin, comme jadis, la comédie de société; le Sourd, ou V Auberge pleine, et VOurs et le Pacha courent la Russie8. S'il y a quelque différence avec le passé, c'est que maintenant la Russie est un peu plus occupée; qu'il y a moins d'oisifs à Pétersbourg, sous l'œil de l'empereur Nicolas, que jadis à Moscou; de sorte que, souvent, les dames sont seules à s'occuper

i. Griboiédof, VÉtudiant, acte III.

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