Archive russe, 1877, II, pp. 365 et suiv
des divertissements qui exigent des préparatifs. Quand elles ne sont pas entreprenantes, il faut se contenter, en fait de plaisirs français, de celui de la conversation. '
Parfois elle est assez brillante pour faire croire au voyageur qu'il se trouve « dans un de nos salons du xvme siècle i » ; mais, le plus souvent, entre hommes, elle fait penser beaucoup plus aux cafés du xixe2. Le prince Obolenski aimait fort à dire des « gaudrioles », raconte Viazemski, et c'est là un genre si français qu'il n'y a pas de mot russe pour le désigner. Un autre nous montre, sur un bateau de la Baltique, un cercle d'aristocrates russes écoutant, bouche bée, deux ou trois commis-voyageurs français3; ils renouvellent ainsi la collection des « traits » qu'ils ont appris jadis dans nos almanachs, et surtout dans ceux du marquis de Bièvre, le grand fournisseur de tous les bonmottistes*. Mais ce qu'on apprécie le plus, ce sont les calembours. On reste confondu quand on voit un poète tel que Joukovski, un érudit tel que Tourguénief, en recueillir à Paris de longues séries pour leurs amis de là-bas, et leur apprendre, par exemple, que la plaine la plus haute, c'est la pleine lune5. Du reste, en ce genre, les Russes volent de leurs propres ailes. Tourguénief regrette d'apprendre trop tard pour pouvoir le colporter dans Paris tel mot de Boulgakof sur le ministère Thiers, « le tiers consolidé6 ». Viazemski, de son côté, recueille les œuvres du Grand-duc Michel, le meilleur « kalembouriste » de toute la Russie. « L'autre jour, on lui a appris le mariage de l'acteur Sonnet. « Ah! c'est fort bien! s'est-il écrié, mais il ne faudra pas que sa femme fasse de petits sansonnets ! » Un Parisien, même du faubourg Saint-