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Honoré, ferait-il mieux? » demande Viazemski1. — Problème difficile, mais qui aide du moins à comprendre les colères de Gogol contre « la vaine et sotte gymnastique de l'esprit 2 » introduite en Russie par les émigrés.
Il y a des plaisirs français d'un autre ordre, et, tout d'abord, ceux du théâtre. Viazemski a beau dire que la Russie ne l'aime plus3, il est toujours la consolation des vieux lettrés, l'école des mondains, l'espoir de la jeunesse : Alexandra Passek et son cousin Herzen sautent de joie quand on leur annonce que, pour la première fois, on va les y conduire — et à quelle pièce! — aux Premières amours de M. Scribe lui-même4!
En 1812, les acteurs français ont disparu : la troupe de Pétersbourg, avec Mlle Georges, s'est sauvée chez Bernadotte5; celle de Moscou s'est dispersée ou a péri presque entière au passage de la Bérézina0; il n'est guère resté que des danseurs, dont l'un, Auguste, dans un ballet intitulé : « La victoire de la Russie, ou les Russes à Paris », figure, en 1814, le Génie de la Russie, entouré d'un chœur de poissardes7. Les années suivantes, ce sont des Allemands qui jouent Joconde ou le Mariage de Figaro 8 ; des Russes qui interprètent Molière et Racine. L'actrice Kolossova, l' ex-élève de Talma, est parfaite dans Célimène 9 ; pourquoi, dès lors, se mettre en frais pour faire venir une Française10?
Pourtant, si les mondains applaudissent volontiers Kolos-
1. Antiquité russe, 1879, XXVI, p. 230. — Ibid., 1890, LXVIII, p. 472, une lettre du Grand-duc à Langeron pour lui communiquer son dernier calembour.