Mémoires de Laferrière, passim
6. Revue de Paris, 1906, 1er avril, Madame Allan-Despréauœ, article de Léon Séché.
Le public qui fait de telles découvertes ne diffère guère de celui de l'époque précédente. La famille impériale est assidue et, par conséquent, courtisans et hauts fonctionnaires le sont aussi: d'ailleurs, dès que l'auguste famille voyage, beaucoup d'entre eux disparaissent, comme aussi la plupart des fils de marchands qui ne viennent que pour se frotter au monde officiel. Il reste alors quelques vieux théâtromanes, des dames, des officiers ou des étudiants qui profitent du bon marché relatif des places pour perfectionner leur français1. Tel quel, ce public considère volontiers qu'il est dépositaire des traditions et du bon goût. Il manifeste peu — l'étiquette s'y oppose, et d'ailleurs « il n'y a pas de paradis au Théâtre-Michel2 »; — mais il juge avec sûreté de la valeur de l'ensemble, qui est la grande supériorité de 'la troupe française, et aussi des qualités ou des défauts de chaque artiste. Pendant plusieurs années, Mme Allan reste sa favorite; elle plaît par ce qu'elle a de vif, de gai, de contraire aux traditions pompeuses de Mlle Georges3, et aussi par une certaine audace de vérité qui séduit l'instinct réaliste des spectateurs russes. « Elle est une des plus grandes artistes que j'aie jamais connues4! », écrit Granovski. Charmant talent! affirme, de son côté, le Grand-duc Michel.
Mais ses succès ne doivent pas faire oublier ceux des artistes isolés que la facilité plus grande des communications engage à des tournées en Russie. A la vérité, Lablache, Pauline \iardot, Berlioz lui-même, n'aident que fort indirectement au maintien de notre culture; c'est Rachel surtout qu'il faut citer. Venue en 1853, tout à la fin de la période qui nous occupe, elle a « fait fureur », tant à Pétersbourg qu'à Moscou Les contemporains décrivent l'interminable queue qui s'allonge en son honneur à la porte du théâtre; le fanatique qui atteint la caisse,