‹ La Culture française en RussieChapitre 327 sur 518 · Stankiévitch, ouvr. cité, II, p · texte numérisé non relu

Stankiévitch, ouvr. cité, II, p

au milieu des bourrades, en rampant sur les épaules de ses voisins; puis, dans la salle, les acclamations de la foule en délire. Il semble que Racine retrouve ses triomphes de jadis, que la culture et les goûts des Russes n'aient pas changé depuis un demi-siècle1. Pourtant des contemporains nous avertissent que maintenant le ronron de l'alexandrin déplaît; que, si tant de gens s'écrasent à la porte, c'est pour pouvoir dire : « J'y étais! »; que seules, les loges et peut-être trois ou quatre rangs de fauteuils ont pu bien suivre les paroles de Phèdre oïl de Dona Sol2.

En tout cas, si dans le public d'à présent, plus mêlé que celui d'autrefois, la connaissance de la langue laisse à désirer, l'intérêt aux œuvres françaises est toujours aussi vif que nous l'avons connu jadis. Les traductions et les adaptations sont innombrables. A peine une pièce a-t-elle réussi au Théâtre- Michel qu'aussitôt elle est russifiée; V Oncle Baptiste devient V Oncle Pacôme; le Voyage à Dieppe, le Voyage à Kronstadt; la Nouvelle Fanchon, la Bénédiction maternelle 3; et, sous leur déguisement, ces pièces attirent un public qui peut-être, sans elles, ne serait pas venu au théâtre. Biélinski montre, après un drame de Polévoï, l'assistance réveillée par la Recette pour V amélioration des maris, dont il est superflu de demander l'origine 4. Est-ce à dire que le public soit stupide? Non certes, car « le vaudeville est, ou peu s'en faut, le fruit le plus savoureux et le plus parfumé de la poésie française et de l'esprit français 3 » . Tout ce qu'il faut regretter, c'est que les Russes ne sachent pas mieux tirer parti de ce modèle. « Pour avoir de la bonne cuisine française, il faut faire venir de Paris un cuisinier qui formera

1. Voir Lettres de France et d'Italie, de Herzen (1846-48); sur la tragédie française, et, en particulier, sur celle de Racine, Œuvres, IV, p. 171 et suiv.

2. Antiquité russe, XLIV, souvenirs de Berg. — Id., XX, p. 529, lettre de Siérof.

3. Ancienne et nouvelle Russie, 1879, II, pp. 33, 36. — Biélinski, passim. — Grigorovitch, Souvenirs littéraires, t. XII des Œuvres complètes, p. 235.

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