‹ La Culture française en RussieChapitre 33 sur 518 · Demkof, Histoire de la pédagogie russe · texte numérisé non relu

Demkof, Histoire de la pédagogie russe

autre, ils sont empruntés et gauches. Pour les apprécier vraiment, il faut les connaître beaucoup; or, ik se soucient peu d'être connus. C'est pour des achats ou des ventes qu'ils sont venus en Russie : des leçons rapporteraient moins, et d'ailleurs les Russes en voudraient-ils, de ces leçons? La navigation leur rappelle les pires exigences de Pierre le Grand, et quant au commerce, que leur importe! Il s'agit de former des gentilshommes, non des marchands.

Les Italiens, eux, sont souples et liants. Leur culture est ancienne et riche; ils bénéficient des souvenirs de l'antiquité, et, même aux yeux d'orthodoxes, du prestige de la papauté1. Ils ont depuis longtemps des rapports avec la Russie, rapports que la politique de Pierre le Grand a rendus plus étroits. Pour la guerre contre les Turcs, il a recherché l'alliance de Venise; plus tard, pour la paix, il a eu besoin, à Constantinople, d'agents parlant l'italien, alors langue internationale de la Méditerranée 2. Il a donc envoyé en Italie de nombreux étudiants, et la langue russe a été bariolée de mots italiens avant de l'être de mots français 3. Plus tard, il a songé à recourir aux Italiens pour ce développement de l'industrie russe qu'il a fini par attendre des Français4. Du moins gardent-ils les arts; Rastrelli élève le Palais d'Hiver et Tsarskoié-Sélo ; leur musique est aimée, leur langue aussi; jusqu'à la fin du siècle elle figurera dans tous les programmes d'études 5. Mais la décadence politique de Venise s'accentue ; la littérature italienne se perd de plus en plus dans le rayonnement d'une littérature voisine. A partir de 1760, 1770, il est admis en Russie comme ailleurs que l'Italie ne garde, de son passé, que « le privilège de fournir des

1. Journal du voyage du boyard Chérémétief, pp. 90 et suiv., dans la Bibliothèque russe et polonaise.

Page 1