Ancienne et nouvelle Russie, 1880, XVII, p
privées, bien qu'on y ait moins de choix que jadis; les Jésuites, en effet, ont été expulsés, pour cause de propagande religieuse, réelle ou supposée1. Il reste des maisons où, toutes les sciences étant enseignées par un Suisse à peine lettré, les matières plus importantes sont réservées à des Français. L'un, « toujours en frac, en toupet, les pieds retournés comme ceux d'un canard2 », est le maître de danse; l'autre professe qu'il faut dire grenouille et non grenoville, et veille à la transmission régulière du signum, la languette de drap rouge que l'on épingle sjur la veste de l'étourdi qui a laissé échapper un mot russe3. Sous leur direction, les élèves passent l'année à se disloquer les pieds, à réciter des vers pas toujours compris, à pincer le voisin, pour qu'il crie et mérite le signum; ils la finissent par un examen solennel qui est le grand coup de réclame de la maison. A Pétersbourg, chez les frères Cournaud, la musique des Chevaliers-Gardes prête son concours à la cérémonie; une foule brillante emplit la salle; sur l'estrade, des voix timides ànonnent \a.Henriade ou les Animaux malades de la peste; la très redoutée princesse Chtcherbatova pose des questions sur le sens des mots*. Et peut-être, dans son coin, quelque patriote se redit-il le mot de Griboiédof sur les préjugés qui ne changent pas.
Ils s'en vont pourtant, peu à peu, et les pensions françaises avec eux. Ne préparant guère à l'Université, elles éloignent des tchines, ce vrai but des éducations. On met donc les garçons, de plus en plus, au gymnase, — c'est-à-dire au lycée; tandis qu'à défaut de gouvernantes ou de pensions convenables, les filles s'en vont dans un des nombreux instituts fondés pour elles, depuis peu, par l'impératrice Maria Féodorovna.
Il est bien entendu, d'ailleurs, qu'au gymnase comme à